Le personnage que nous découvrons après la mort d’Armand n’est pas tout à fait conforme à celui que nous avons connu. Il faut dire qu’il ne s’était agrégé à notre groupe que tardivement. Cynthia, Axel, Albert et moi sommes niçois. Nous nous sommes connus pendant les années de lycée, ensuite chacun a fait son chemin et nous sommes restés un demi-siècle sans nous soucier de prendre de nouvelles les uns des autres, ce qui ne nous empêchait pas quelquefois d’en avoir. Il a fallu que le hasard nous remette en présence quand nous sommes devenus vieux. Ce fut à l’occasion d’une réunion des anciens élèves du lycée du Parc Impérial, qui s'est tenue à l’hôtel Splendid, sur le boulevard Victor Hugo. Celle-ci était organisée par l’un des nôtres, qui n'était pas le plus sympathique mais qui dirigeait un important cabinet de cardiologie, rue Rossini, et d’abord nous avons mis à profit cette rencontre pour compter les absents, je veux dire les autres anciens élèves dont les noms et les physio...
Quand vous vous montrez aimable avec les infirmières, il y a plus de chances qu'elles se montrent aimables avec vous. Plus attentives, plus serviables. Surtout la nuit. Beaucoup de choses se passent la nuit, bien davantage que pendant le jour, des choses dont Monsieur Daniel se souvient mal. Des personnes inconnues apparaissent soudain, extérieures au service. Elles pénètrent sans bruit dans la chambre où il est seul, elles le réveillent, s’asseyent au bord de son lit, l’entretiennent d’affaires importantes, compliquées, impliquant d’autres personnes qu’il ne connaît pas davantage, elles les décrivent et lui ne sait pas répondre s’il les a vues cette nuit-là, si elles sont entrées dans sa chambre, si elles en sont ressorties par la fenêtre pour aller se perdre dans le parc. Ou si, non, il n’est venu personne et bientôt il se rendort. Maintenant il fait jour. Monsieur Daniel ne saurait pas dire quelle heure il est, si c’est le matin ou l’après-midi mais il se sent étonnement dispos...