Les jeunes ont dansé. Les plus vieux aussi. Au buffet, on ne servait plus que du champagne. Puis, les invités ont commencé à partir. Sans doute n’y avait-il pas assez de chambres ici pour héberger tout le monde. Certains pouvaient ne pas habiter très loin. Gérard lui-même possédait une villa près d’Albenga, encore qu’il habitait la plus grande partie de l’année à Gap, dans les Alpes françaises, où se trouvait le siège de son entreprise de bâtiment. Son hangar, ses échelles, ses échafaudages, ses sacs de ciment, ses rouleaux, ses pinceaux, ses bidons de peinture.
Nous restions peut-être une quinzaine de convives, quand quelqu'un a dit: “Je propose que nous sortions nous dérouiller les jambes. Cela nous fera du bien avant d’aller dormir.”
J’ai regardé autour de moi. Sibylle avait disparu avec Martin. Je ne voulais pas me demander où ils étaient, ce qu’ils pouvaient se dire. Alors, j’ai suivi le groupe.
La nuit était claire. Les étoiles constellaient le ciel derrière les feuillages des arbres. Nous avons suivi la petite route par laquelle nous étions venus. À la hauteur du pont, il ne restait plus qu’une voiture de police, tous feux éteints. Mais, en nous penchant par-dessus la margelle, on voyait la lumière d’une lampe torche qui se déplaçait par à-coups, en contrebas, sur la rive escarpée du torrent. On entendait le bruit de l’eau mêlé à celui du feuillage des arbres.
Nous avons continué notre chemin. Nous nous enfoncions dans l’obscurité. Une voix de femme, près de moi, a dit: “Vous êtes Paul, le mari de Sibylle? Nous sommes alors un peu cousins.” Puis, nous avons fait demi-tour. Et cette fois, la lampe torche nous attendait au milieu du chemin.
Gérard s’est avancé vers elle. Il a dit: “Commissaire Leopardi, que faites-vous ici? Vous travaillez encore? Ce n’est pas raisonnable.”
La voix qui lui a répondu était celle d’une femme. Elle a dit: “Je voulais clore cette enquête. Voilà deux nuits qu’elle m’empêche de dormir.
— Et vous en êtes venue à bout?
— Sait-on jamais?
— Je ne vous en demande pas davantage. Mais peut-être voudrez-vous boire une coupe de champagne avec nous avant de repartir?
— Pourquoi pas? Laissez-moi le temps de passer un coup de téléphone et je vous accompagne.”
Nous l’avons vue monter dans sa voiture puis parler au téléphone derrière le pare-brise.