Rue du Faubourg Saint-Honoré. Elles sortent de la bouche de métro. Elles marchent lentement. Elles s’apprêtent à se séparer.
AGATHE: Et donc, tu habiteras chez nous.
ROSETTE: Je ne sais pas si je peux, j’ai peur de vous déranger.
AGATHE: Il n’est pas question que tu ailles ailleurs. Ta mère est d'accord. Les garçons seront ravis. Tout le monde sera ravi. Et fier de toi. Deux mois dans les ateliers de Lars Von Gluck!
Elles s’arrêtent. De nouveau, le sac est posé. La jeune femme fait bouger son épaule, elle étire et plie son bras qui semble douloureux, elle fait jouer son cou.
ROSETTE: Pauline m’assure qu’il a beaucoup de respect et d’amitié pour maman. Pauline est la personne qui dirigera mon stage. Le matin, quand il arrive, Lars vient d’abord embrasser Pauline. C’est la plus ancienne ouvrière, elle tient au titre d’ouvrière, encore qu’elle dirige tout le monde.
AGATHE: Ta mère l’aime beaucoup. Elles parlent beaucoup ensemble. Et elles parlent surtout de lui.
ROSETTE: J’ai de la chance.
AGATHE: Tu peux le dire. À seize ans, faire la navette entre Clermont et l’atelier de Lars, avec ton sac en bandoulière, comme le Petit Poucet. Mais lui ne portait que des lettres. Toi, ce sont des vêtements hors de prix. Tu repars ce soir?
ROSETTE: Oui, oui, je dois être au lycée demain. Lars me fera accompagner à la gare. Je te fais signe quand je suis arrivée.