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Articles

Affichage des articles associés au libellé Lucette

Le Klyuch

Jean-Luc dit: Il m’a fallu longtemps pour en savoir davantage, je ne suis pas certain aujourd'hui encore de tout savoir ni d’avoir tout compris, surtout je ne suis pas certain de vouloir tout savoir ni tout comprendre. L’histoire me paraît troublante et belle pour ce que j’en sais, pour ce que Nora a bien voulu m’en dire, ou ce qu’elle m’a laissé entendre, pour ce qu’elle m’a donné à connaître et à imaginer, et cela me suffit.  J’avais appris que l’homme à la mobylette était son père. Le soir même où il les avait attendues à la sortie de la boucherie, puis où il les avait suivies de loin sur l’avenue Cyrille Besset, en poussant sa mobylette dans la montée, avec une jambe un peu raide, Lucette m’a dit, Tu sais, un monsieur nous a suivies; et comme Nora était là, qu’elle était en train de préparer à dîner pour nous trois, j’ai dû lever les yeux vers elle comme pour l’interroger. Alors, s’adressant à Lucette, elle a dit, Ne t’inquiète pas, il n'était pas méchant, ce monsieur, il é...

La figure du père

La jeune femme s’appelle Corinne Albera. Elle habite avec son enfant à Castans, un village de la Montagne noire, département de l’Aude. Quatre jours par semaine, elle laisse son enfant à la garde d’une voisine et elle se rend à Mazamet où elle est employée à la bibliothèque municipale. Elle fait le trajet en autobus. Le trajet n’est pas long, à peine vingt-six kilomètres. Il y aurait la répétition des trajets en autobus, les visages des autres passagers, la vue des paysages ruraux derrière la vitre, les éclairages changeants de la campagne selon les heures du jour et les saisons, parfois la nuit. Le reste du temps, elle est associée à toutes les activités du village, agricoles, festives, domestiques, encore qu’elle vienne d’ailleurs, qu’elle n’ait pas l’accent du pays. Ici, s’intercale l' épisode du pré en pente , où s'organise un grand banquet au milieu de l'été, puis un bal, et où on voit que Corinne est très appréciée par les hommes du village comme par ceux qui viennent...

Un dimanche matin

Lucette n’est pas à Cannes, chez sa grand-mère comme c'est d’habitude dans les fins de semaine. Elle est avec sa mère chez le boucher de l’avenue Borriglione. Elles font la queue. Un grand soleil d’automne remplit le ciel, Noël approche. Puis, quand elles ressortent du magasin à la devanture peinte en rouge avec des carreaux de faïence blanche, un homme est là, sur le trottoir opposé, debout près d’une motocyclette d’un modèle sans âge, venu on ne sait d’où, ayant fait une longue route sur sa motocyclette, on imagine, le buste droit avec des gants et de grosses lunettes serrées sur la tête par une lanière en caoutchouc. Il les attend. Vieux, grand, vêtu d’une longue veste de cuir serrée à la taille par une ceinture qu’il a nouée parce qu’il en a perdu la boucle. Charbonneux de sourcils, l’ossature d’un ours mais le corps amaigri. Efflanqué comme on dit d’un cheval. Son regard et celui de Nora se rencontrent d’un trottoir à l’autre de l’avenue où passe le tramway. La lumière étincel...

Speak Low

Jean-Luc a décidé qu'il était trop vieux à présent pour sortir le soir. Il marche vaillamment le matin, il traverse la ville dans tous les sens, jusqu'à la mer, mais dès la nuit tombée, il ne trouve rien de plus agréable à faire que d'écouter de la musique en préparant son repas, puis de se coucher pour regarder des films sur sa tablette numérique, plusieurs films parfois au cours de la même nuit. Mais l'été a été long, accablant de chaleur, et quand l’automne est enfin venu et que Nora, sa jeune voisine du dessous lui a annoncé qu’elle reprenait son tour de chant à la Barque rouge, il lui a répondu que oui, un soir, il viendrait l'écouter. Nora est une jeune mère qui élève seule sa petite Lucette, mis à part les weekends où l’enfant est prise en charge par sa grand-mère qui l’emmène à Cannes où elle habite. Nora est caissière au supermarché Monoprix de Gorbella mais le weekend venu, elle se livre à sa vraie passion et à son vrai talent qui sont ceux d’une chanteus...