J’imaginais que Thelonious Monk vivait à Nice et que c’était moi. Ou que j’étais lui. À cette première proposition s’en rattachaient trois autres. La première voulait que Thelonious Monk habitât dans des hôtels, dont il changeait souvent, sans que dans aucun il y ait de piano. La seconde, qu’il se produise dans plusieurs boîtes de nuit, mais que la principale, celle où il revenait jouer chaque nuit, à une heure plus ou moins tardive, s’appelait Le Select et se trouvait dans le Passage Émile-Négrin, qui est une petite rue en pente, qui bifurque de celle qu’on appelait alors Avenue de la Victoire, à peine plus haut que la rue de la Liberté. La troisième des propositions secondaires était la plus curieuse et peut-être la plus inventive. Elle disait que Thelonious Monk avait besoin de s’asseoir à un piano, le matin, pour composer ses œuvres, les retravailler dans le moindre détail, et préparer ainsi celles de ses compositions qu’il jouerait le soir, quand les clubs accueilleraient leur pub...
Christian Jacomino