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Mademoiselle Camille

La période de mon adolescence durant laquelle j’ai fréquenté Cynthia et nos deux camarades n’a pas été très longue. Nous nous connaissions depuis les petites classes de lycée, mais nous avions quinze ans quand nous avons commencé à fréquenter le Canastel et à courir les surprises-parties, et ensuite, quand j’ai eu dix-huit ou dix-neuf ans, j’ai rompu avec eux. Je suis passé dans un autre monde. J’ai changé de galaxie. Et il a fallu cette réunion des anciens élèves du Parc-Impérial pour que je me souvienne. Soudain, l’apparition de Cynthia et des deux acolytes m’a replongé dans un passé lointain que je croyais aboli, et dans les jours et les semaines qui ont suivi, un souvenir troublant m’est revenu en mémoire. Et j’ai voulu le raconter. Jusque là, je n’avais jamais écrit que des critiques de jazz ou quelquefois de films, en fonction des commandes. Je me suis demandé comment Ernest Hemingway ou Truman Capote s’y seraient pris. Je les ai relus, en particulier, pour Capote, La Traversée de l'été, et pour Hemingway toute la série des Nick Adams. Le résultat est ce qu’il est. J’ai changé les noms pour n’embêter personne, mais la réalité des faits est à peu près intacte. Je pourrais peut-être encore en améliorer le style, mais je ne vois pas que je puisse dire plus clairement ce que j’avais à dire. J’ai intitulé cette petite histoire Mademoiselle Camille.

> Extrait de Les quatre qui restent (12), dans J'appartiens à la nuit


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