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Littérature: L'option numérique

J’écris sur Google Docs, presque toujours à partir de mon téléphone (un Google Pixel 7 Pro), et ce que j’écris, sur la page même où je l’écris, est librement accessible à tout lecteur qui se connecte sur mon blog, sous l’onglet Librairie. Depuis hier, j’ai commencé à ajouter des photos à ces Bribes, de petites vidéos ne devraient pas tarder à suivre.
Je n’écarte pas l’idée que le texte au moins de ma proposition puisse être un jour imprimé sur du papier. Mais, pour l’heure, je suis résolu à tirer tout le parti que je peux du format numérique dont les avantages me paraissent les suivants:
  1. La fabrication du livre numérique ne me coûte rien. Et le lecteur, à son tour, peut y avoir accès en temps réel et à titre gratuit.
  2. Je peux revenir indéfiniment sur ce que j’ai déjà écrit et publié pour le corriger: élaguer, ajouter, préciser, améliorer.
  3. Je peux y incruster des images et des sons.
Ce parti pris me paraît celui qu’auraient adopté Jean-Luc Godard s’il avait écrit, ou Franz Kafka s’il vivait encore. Si je n'ai pas le même talent qu’eux, je peux néanmoins tenter de faire ce que, de mon point de vue, ils feraient en tirant profit du matériel dont je dispose et dont disposent des milliards d’autres utilisateurs d'Internet, aujourd’hui, de par le monde.
Le livre en papier me semble un cadre restrictif auquel se contraignent la plupart des auteurs par attachement à la tradition littéraire et tout particulièrement à celle du roman, mais aussi, sans nul doute, parce que ce cadre (ou ce support) permet une commercialisation de leurs œuvres. Ces deux raisons me paraissent hautement respectables. Rien n'est plus respectable, en effet, que d’être attaché au passé et de vouloir gagner sa vie d’une façon ou d’une autre, mais il se trouve que je suis vieux et que je n'ai pas l'espoir d'être payé pour écrire, ni le besoin, ni l'envie. Je remarque tout de même qu'en se soumettant aux contraintes du livre en papier, la littérature d'aujourd'hui se prive de pouvoir expérimenter de nouvelles formes comme celles qu'on voit se multiplier, année après année, depuis des décennies, dans le champ de la musique et des arts visuels. Aussi je m'y essaye.
(Je précise que je n’ignore pas que d’autres le font aussi, au premier rang desquels, depuis bien des années, dans le domaine de notre langue, François Bon.)

Commentaires

  1. Il y a cependant une troisième raison, pour le papier, que j’ai réalisée (douloureusement) par l’expérience. Et quant à Kafka, j’ai un doute, mais c’est une autre histoire 🙂

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  2. Pour préciser, la troisième raison tient aux avantages particuliers que présente, pour le lecteur, la lecture sur papier. Si j'ai longtemps plaidé pour la liseuse, qui reste, tous calculs faits, mon médium le plus utilisé, pour toutes sortes de raisons pratiques, j'ai dû nuancer mon apologie: du point de vue de la compréhension et de la mémoire, si l'avantage de la liseuse sur les autres supports numériques reste massif, des études savantes et chiffrées ont montré que la lecture sur papier reste plus efficace. Cela tient en partie, je crois, au fait que la mémorisation est fortement liée aux perceptions indirectes, au contexte de la lecture. J'aurais pu prendre ces études avec un peu de scepticisme mais depuis que j'ai plus de temps pour varier mes lectures, je suis bien obligé de constater d'expérience cette réalité.

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  3. Je lis beaucoup plus facilement sur écran que sur papier, pour deux raisons très simples: la première qui tient à ma vue, qui faiblit si bien que beaucoup de livres sont imprimés trop petit pour moi, tandis que sur l'écran (et sur ma Kindl, en particulier) je peux agrandir la typo; la seconde qui tient au nomadisme (strictement niçois) de mon mode de vie, qui veut que, dans la même journée, je parcoure plusieurs livres et articles dans les endroits les plus différents (hors de chez moi). Mais ma préférence pour le numérique tient aussi à une raison plus incertaine mais pas moins importante et qui se rapproche plus directement de ce que tu dis. Une raison qui tient à la mémoire. Tu indiques, si je comprends bien, qu'on mémorise mieux ce qu'on lit quand c'est sur du papier (dans un livre), et je ne suis pas loin de te croire. Mais, pour moi, la question de la mémoire se pose d'abord en termes de procédures de rappel. Pour le dire de la façon la plus simple: peu m'importe d'oublier si je sais par quel chemin je preux retrouver l'information, c'est-à-dire le bout de texte, le mot, que j'ai sur le bout de la langue et qui m'échappe en même temps qu'il me parait soudain indispensable. Or, tu connais ma vie: il ne me reste, dans mon studio, qu'une très faible partie des livres que j'ai possédés et fréquentés. Deuxièmement, la fonction Recherche appliquée à un document numérique est une prothèse qui m'est devenue, avec le temps, totalement indispensable. Je serais totalement perdu dans la collection de mes propres textes si je n'en disposais pas. Et une question que je me pose pour la suite de mon travail, et plus particulièrement pour le cahier en cours, que je viens de titrer J'appartiens à la nuit, la question se pose pour moi de savoir jusqu'à quel point je peux compter que mon lecteur utilisera cette fonction pour se repérer dans ce que j'écris. Enfin, pour terminer, je dirai que les choses ne me semblent pas se passer de façon très différente dans ta propre entreprise. Que serait Cercamon sans le numérique? Mais, sur ce point, tu me diras.

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  4. Je ne vais pas contester ta récapitulation des avantages du support numérique pour la lecture; ils sont réels et presque incontournables. D'ailleurs j'ai déjà noté que la liseuse est de loin le médium que j'utilise le plus pour les lectures suivies (livresques). Mon souci n'était pas de (re)jouer le papier contre le numérique mais seulement de marquer un avantage qui reste au papier et qui n'est pas mineur (je risque l'hypothèse que le papier est encore, et de le loin, le support favori de la lecture livresque). L'autre jour je t'ai envoyé un morceau d'Artaud. Cela faisait des décennies que je n'avais pas lu Artaud et là il se faisait qu'un effort de simplification de ma trop nombreuse bibliothèque m'avait fait poser non loin du siège où je m'étais assis pour fumer ma pipe un des volumes Poésie Gallimard consacré à Artaud, je l'ai attrapé (je n'étais requis par rien d'autre), je l'ai ouvert et j'ai pris comme un coup la nouveauté et la pertinence de ce qui m'est tombé sous les yeux. Cette rencontre et cette surprise me seraient-elles arrivées depuis une surface numérique, et ce hasard. Je le conçois mal.
    Ce que tu dis de la mémorisation est, quant à la question des supports, crucial et complexe. Mon commentaire est déjà bien long, et je ne me risquerai pas sur ce sujet. De façon générale, il me viendrait beaucoup à dire sur ce que tu soulèves, sur l'écriture et sur la lecture numérique. C'est une tentative où je vais peut-être m'essayer… et ainsi aussi répondrais à ta question sur ce que serait Cercamon sans le numérique, de façon moins facile que ce qui m'arrive d'emblée en tête: que mon "Cercamon" n'est pas, avec ou sans le numérique, si grand chose.

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