Edmond traverse le jardin qu’il commence à connaître, dans les allées duquel il sait à présent où il faut baisser la tête pour passer sous les branches où de gros oiseaux vous regardent, qui semblent assis. Il franchit le portail qui se referme derrière lui et de nouveau sorti sur le trottoir de la rue de Malte, il retrouve la flaque d’eau qui se glisse sournoisement sous le rideau métallique d’un magasin situé à l’angle de la rue. Et, cette fois, il sourit de la voir, il serait prêt à lui parler, comme il arrive qu’on fasse avec un animal familier: “Mais tu as vu l’heure qu’il est? Tu t’en vas où ainsi? Non, ne t'approche pas, pas question que tu t’accroches à mes chaussures, tu vois, elles sont neuves, je ne veux pas les mouiller. Maïa était charmante, je t’assure, elle a beaucoup dansé et demain je travaille de bonne heure, il est temps que je rentre”, quand soudain une haute silhouette se dégage de l’ombre et une voix lui dit:
— Elle vous intrigue. Vous êtes curieux de l’eau. Vous vous demandez d’où elle sort. Elle sort bien de chez moi. Mes fils oublient souvent de refermer le robinet, le soir, quand ils ont fini de faire le ménage au milieu de nos étals de fruits et de légumes. Il faut dire qu’ici, l’eau ne manque pas. Chez nous, elle était rare. Quand nous sommes arrivés dans votre pays, nous étions éblouis de la voir couler partout, de tant de fontaines, dans tant de jardins, le long des trottoirs, alors c’est vrai que nous avons cette fantaisie de ne jamais vouloir en arrêter le bruit.
Et l’homme s’avance alors d’un pas, il entre dans la lumière.
C’est un personnage très grand, aux épaules larges et aux traits du visage comme taillés dans la pierre, avec une voix grave, qui serait effrayant s'il ne montrait pas un bon sourire et des yeux clairs.
— Je travaille sur le port, répond Edmond. J'aime l’eau quand elle est noire, dans la nuit. Parfois, au bord du quai, je me penche sur elle. Vous venez du Maghreb?
— Nous venons d’Algérie, mais c'était il y a longtemps, tous mes enfants sont nés ici. Ce n'est pas la première fois que je vous vois. Vous sortez de la maison des Mirevelt.
— Iliazd Mirevelt est mon patron. Je travaille comme comptable dans ses entrepôts qui sont sur le port. Vous les connaissez peut-être?
— Qui ne les connaît pas? Mais lui, je ne pense pas qu'il nous connaisse. Il passe devant nous sans nous voir. Sa femme ne se sert pas ici, ni Hélène, leur fille aînée. Il n’y a que Maïa, la plus jeune, qui nous traite en amis. C’est vous qu’ils ont choisi pour être son chevalier servant. Maïa vous aime bien, elle me l’a dit.
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