— Puis, l’homme s’avance d’un pas encore dans la lumière et il dit: “Monsieur Chauvé, savez-vous bien qui est votre patron?”
Nous sommes à Cimiez, au jardin des Arènes, assis sur des chaises, les mains enfouies dans les poches de nos manteaux, le col relevé. Nous regardons les boulistes dont les ombres flottent dans le contrejour, au tiède soleil de l’après-midi, et, sans crier gare, comme frappé d’une soudaine inspiration, Albert a repris son récit.
Depuis le décès d’Armand, l’humeur est morose, nous ne sommes plus que quatre. La phrase d’Albert m’a surpris en me réveillant d’un demi-sommeil dans lequel les joueurs de boules devenaient transparents, et je ne suis pas sûr d’avoir envie de le relancer, mais c’est Cynthia qui le fait. Elle dit:
— Qui est ce type? Comment s’appelle-t-il?
— Il s’appelle Arezki Balaouane, répond Albert, c’est du moins le nom qu’il donnera à Edmond un peu plus tard dans la nuit, quand il l’aura entraîné dans un café voisin où personne ne boit autre chose que du café et où on entend une musique lancinante, dont le volume sonore est si bas qu’elle semble venir d’un pays lointain, dont la mer et les vents nous séparent. Et la question surgit la première, une fois qu'ils sont installés dans ce café et qu’on les a servis. L’inconnu lui dit: “Monsieur Chauvé, savez-vous bien qui est votre patron?” À quoi Edmond répond d’un air ahuri, en le regardant en face: “Vous connaissez donc monsieur Mirevelt? Et vous connaissez mon nom?”
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