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Articles

Affichage des articles associés au libellé J'appartiens à la nuit

Dans la forêt des Ardennes

Puis, quand elle a dix-huit ans, Nora décide d'aller rencontrer son père. Au fil de ses recherches, elle a fini par apprendre qu’il habite au cœur d'un vaste domaine situé dans la forêt des Ardennes, où il semble qu'il vive seul et où il est malade, apprend-elle aussi, fortement handicapé par sa jambe. Elle entre en contact avec lui. Ils échangent des lettres. Un vieil homme boiteux, demi-paralytique, lui écrit son père, mais si tu veux me voir. Alors, ils conviennent d'une date. L'Homme à tête de chien (puisque le vieillard en question, le père de Nora, ne serait autre que cet obscur personnage que l’on croyait mythique) lui indique la gare où il lui faudra arriver. Tu me diras la date et l'heure, lui écrit-il encore, et Germain sera à t'attendre devant la gare, assis sur le siège de sa voiture à cheval, une cigarette à la lippe, le front baissé sous son chapeau de pluie, nous en sommes convenus, tu ne pourras pas te tromper. Et le voyage se fera ainsi, si ...

Littérature: L'option numérique

J’écris sur Google Docs, presque toujours à partir de mon téléphone (un Google Pixel 7 Pro), et ce que j’écris, sur la page même où je l’écris, est librement accessible à tout lecteur qui se connecte sur mon blog, sous l’onglet Librairie . Depuis hier, j’ai commencé à ajouter des photos à ces Bribes , de petites vidéos ne devraient pas tarder à suivre. Je n’écarte pas l’idée que le texte au moins de ma proposition puisse être un jour imprimé sur du papier. Mais, pour l’heure, je suis résolu à tirer tout le parti que je peux du format numérique dont les avantages me paraissent les suivants: La fabrication du livre numérique ne me coûte rien. Et le lecteur, à son tour, peut y avoir accès en temps réel et à titre gratuit. Je peux revenir indéfiniment sur ce que j’ai déjà écrit et publié pour le corriger: élaguer, ajouter, préciser, améliorer. Je peux y incruster des images et des sons. Ce parti pris me paraît celui qu’auraient adopté Jean-Luc Godard s’il avait écrit, ou Franz Kafka s’il v...

Arezki Balaouane

— Puis, l’homme s’avance d’un pas encore dans la lumière et il dit: “Monsieur Chauvé, savez-vous bien qui est votre patron?” Nous sommes à Cimiez, au jardin des Arènes, assis sur des chaises, les mains enfouies dans les poches de nos manteaux, le col relevé. Nous regardons les boulistes dont les ombres flottent dans le contrejour, au tiède soleil de l’après-midi, et, sans crier gare, comme frappé d’une soudaine inspiration, Albert a repris son récit. Depuis le décès d’Armand, l’humeur est morose, nous ne sommes plus que quatre. La phrase d’Albert m’a surpris en me réveillant d’un demi-sommeil dans lequel les joueurs de boules devenaient transparents, et je ne suis pas sûr d’avoir envie de le relancer, mais c’est Cynthia qui le fait. Elle dit: — Qui est ce type? Comment s’appelle-t-il? — Il s’appelle Arezki Balaouane, répond Albert, c’est du moins le nom qu’il donnera à Edmond un peu plus tard dans la nuit, quand il l’aura entraîné dans un café voisin où personne ne boit autre chose que...

Figure de pierre

Edmond traverse le jardin qu’il commence à connaître, dans les allées duquel il sait à présent où il faut baisser la tête pour passer sous les branches où de gros oiseaux vous regardent, qui semblent assis. Il franchit le portail qui se referme derrière lui et de nouveau sorti sur le trottoir de la rue de Malte, il retrouve la flaque d’eau qui se glisse sournoisement sous le rideau métallique d’un magasin situé à l’angle de la rue. Et, cette fois, il sourit de la voir, il serait prêt à lui parler, comme il arrive qu’on fasse avec un animal familier: “Mais tu as vu l’heure qu’il est? Tu t’en vas où ainsi? Non, ne t'approche pas, pas question que tu t’accroches à mes chaussures, tu vois, elles sont neuves, je ne veux pas les mouiller. Maïa était charmante, je t’assure, elle a beaucoup dansé et demain je travaille de bonne heure, il est temps que je rentre”, quand soudain une haute silhouette se dégage de l’ombre et une voix lui dit: — Elle vous intrigue. Vous êtes curieux de l’eau. V...

Les yeux gris

Edmond raccompagne Maïa chez elle, rue de Malte. Nous sommes au milieu de l’hiver. C’est une jeune habitude. Après le réveillon de Noël, Iliazd Mirevelt lui a dit: — Maïa a été heureuse de vous rencontrer, elle vous trouve sympathique. Vous aurez compris qu’elle sort beaucoup, pas toujours en très bonne compagnie. Je crois comprendre qu’elle accepterait que vous l'accompagniez quelquefois. Cela me conviendrait assez. Je vous donne son numéro de téléphone, à vous de vous montrer convaincant. Et c’est donc arrivé deux ou trois fois déjà, qu’Edmond l’accompagne dans des soirées où elle va, et dont il la ramène à des heures et dans des états à peu près décents. Les amis de Maïa, quand ils le voient arriver avec elle, portent sur lui des regards dédaigneux, comme ceux qu’ils adresseraient à un chauffeur ou un garde du corps qui sortirait de son rôle, et Edmond y répond en se tenant à l'écart pendant toute la soirée. De loin, il la regarde danser, il la regarde boire et flirter, et q...

Au Broc

“La maison que tu n’as pas connue… — Oui, je l’ai connue, tu m’y as emmené une fois, d’ailleurs j’en garde des photos. — Oui, mais elle était fermée. Personne n’y habitait plus. — Au bout d’un chemin que nous avons fait à pied. Que tu faisais à pied, m’as-tu dit, quand tu étais enfant. — Les enfants de cette famille, pour aller à l’école, faisaient le même chemin à pied, matin et soir, en toute saison. J'allais parfois les y rejoindre. Pour passer une journée avec eux. — Au village, votre école était au rez-de-chaussée du bâtiment de la mairie. Une classe unique. Et les jours d’école, à midi, tu montais à l’étage où vous aviez votre logement de fonction. — Ma mère avait préparé le repas, d'autres enfants rentraient chez eux, tandis que ceux de cette famille mangeaient dans la classe ce qu’ils avaient apporté.  — Le maître était ton père et tu étais chez toi. — En classe, Sylvie et moi étions assises à la même table. Je poussais une règle au milieu de la table pour marquer la fr...

Google Lens et la psychanalyse

Dans la salle d’attente d’un psychanalyste, il faut toujours qu’il y ait une fenêtre qui ouvre sur une cour, et que, dans cette cour, il y ait de beaux arbres que l’analysant, debout devant la fenêtre, cherche à identifier. Maintenant, avec Google Lens, c’est facile: il suffit de photographier les arbres en question puis de soumettre leurs photos à l’examen du robot: celui-ci ne manquera pas de les reconnaître et de vous donner leurs noms, tandis que, jusque là, des siècles pouvaient s’écouler sans que les mêmes arbres innommés cessent de hanter vos rêves. >  Version linéaire