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Dans la forêt des Ardennes

Puis, quand elle a dix-huit ans, Nora décide d'aller rencontrer son père. Au fil de ses recherches, elle a fini par apprendre qu’il habite au cœur d'un vaste domaine situé dans la forêt des Ardennes, où il semble qu'il vive seul et où il est malade, apprend-elle aussi, fortement handicapé par sa jambe. Elle entre en contact avec lui. Ils échangent des lettres. Un vieil homme boiteux, demi-paralytique, lui écrit son père, mais si tu veux me voir. Alors, ils conviennent d'une date. L'Homme à tête de chien (puisque le vieillard en question, le père de Nora, ne serait autre que cet obscur personnage que l’on croyait mythique) lui indique la gare où il lui faudra arriver. Tu me diras la date et l'heure, lui écrit-il encore, et Germain sera à t'attendre devant la gare, assis sur le siège de sa voiture à cheval, une cigarette à la lippe, le front baissé sous son chapeau de pluie, nous en sommes convenus, tu ne pourras pas te tromper. Et le voyage se fera ainsi, si ce n'est qu'au dernier moment Nora demande à Esmée de bien vouloir l'accompagner, en quoi il faut comprendre qu'elle ne veut pas se retrouver seule face à cet homme, ce vieil aventurier devenu impotent qui serait son père, qu'elle ne connaît pas et qui lui fait peur. Dans la forêt des Ardennes, bruissante d'oiseaux et de cours d'eau, parcourue de mammifères ébouriffés de pluie et le ciel offusqué par le faîte des arbres. Et Esmée, pour plaire à son amie, accepte de l'accompagner. Voilà l'histoire.

Esmée accepte d'accompagner Nora, son amie de toujours. Voilà l'histoire. Elles seront deux dans ce voyage qui les conduira jusqu'à un domaine de la forêt des Ardennes où le vieil homme vit à la fois souverain et caché, et où Esmée passera une dizaine de jours sans quitter le bras de Nora, marchant avec elle sur les chemins de la forêt qui finissent par se perdre dans les marais et où le vieil homme ne les suit pas, préférant demeurer à longueurs de journées dans son lit, ou dans son fauteuil de paralytique sur lequel il vocifère qu'il faut lui apporter une tisane, sa pipe, son tabac et ses médicaments, des chemins où il leur arrive de s’égarer, où les deux jeunes femmes sont effrayées par le cri de la chouette, par le clapotement d'une grenouille ou d'une loutre qui saute dans la rivière, par le caquètement des canards qui glissent en file indienne parmi les nénuphars, sous le couvert des massettes et des roseaux, pour finir par apercevoir la lueur d'une lampe qui brille à la fenêtre de la maison et qui pourra les guider dans la nuit, la lune dans sa pâleur de perle leur ouvrant le passage, cela donc pendant une dizaine de jours avant qu'Esmée ne décide de repartir d'où elle vient, par le même train, et qu'elle laisse Nora, pour deux ou trois jours encore, pour le meilleur et pour le pire, seule avec lui.

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