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Affichage des articles associés au libellé Archives

Rodolphe: La Mission

— Nous l’appellerons Rodolphe. Nous ne savons rien de lui, si ce n’est qu’il prend la forme d’un insecte géant pour s’envoler, la nuit, et accomplir ses exploits. Des actes d’une violence inouïe ou de réparation. — Vous avez dit la nuit? — Là d’où il part, il fait nuit. C’est la nuit chez nous. Et ses raids s’opèrent en quelques battements d’ailes. Dans tous les cas, il est revenu avant le jour. Mais ailleurs où il va, il peut faire grand soleil et le temps ne compte pas. Nous ne savons pas l’évaluer. L’opération se déroule à l’autre bout de la galaxie, ou dans une autre galaxie, et ce temps n’est pas le nôtre. — Mais il revient, dites-vous? — Dans la ville où il revient, il est un homme. Le plus pauvre, le plus obscur. Il exerce le métier de manutentionnaire dans les hangars d’un grand magasin. C’est là que nous avons pu le localiser, et c’est là que vous devrez prendre contact avec lui. — Pour l’éliminer? — Non, pas pour l’éliminer. J’ai parlé d’actes de violence. Mais ceux-ci ne nui...

Tendres guerriers

Ils sont venus me chercher à la gare. Nous étions à la mi-décembre, il faisait froid, il commençait à neiger, même si la neige fondait presque aussitôt qu’elle touchait le sol. C’était l’après-midi, un rayon de soleil perçait les nuages, pas pour longtemps. Le conducteur s’appelait Igor, il m’a fait signe dans le rétroviseur, il m’a souri en même temps qu’il m’a dit son nom. Rodrigo était assis devant, à côté de lui. Ma place était derrière. J’ai ôté mon chapeau, j’ai poussé ma valise et je suis monté. Un long voyage en train, assis du côté fenêtre, le paysage défilerait dans ma tête tandis que je dormirais, la nuit suivante, puis pendant d’autres nuits encore, et j’étais maintenant coincé avec ces deux hommes que je ne connaissais pas dans des embouteillages. — C’est toujours pareil, a bougonné Igor, à n’importe quelle heure du jour, tous les jours de la semaine. Pour pouvoir circuler, il faut attendre le couvre-feu. Rodrigo se retournait sur son fauteuil. C’était avec lui que j’avai...

Yacine

Clotilde était fâchée, pas forcément contre moi mais désolée tout de même de se trouver dans cet appartement où je les avais emmenés, le bébé et elle, et où nous venions à peine de poser nos bagages. Elle avait été très réticente à venir. Clotilde ne disposait que d’une quinzaine de jours de congé. Depuis que nous étions mariés, nous avions passé toutes nos vacances en Bretagne, quelle que soit la saison. Ses parents possédaient à Concarneau une maison grande et confortable où ils pouvaient nous accueillir, ainsi que ses deux frères et leurs familles, et jusqu’à présent je ne m’étais pas fait prier pour l’accompagner. Pour ce qui me concernait, la question des vacances ne se posait pas. Je suis libre d’organiser mon travail à ma guise, n’importe où, pourvu que j’aie une table où étaler mon matériel à dessin, ce qui était le cas à Concarneau. Une table poussée sous la fenêtre de notre chambre, devant la mer piquée de moutons, où Clotilde et ses frères naviguaient, des journées entières,...

Mademoiselle Camille

Nous n’étions pas les personnages les plus remarquables de notre petit groupe. Ni les plus beaux, ni les plus riches. La place que nous occupions pourtant, parmi les autres, n’était pas négligeable. Camille était la meilleure amie de Joséphine, que tous les garçons convoitaient, et elle était ravissante. Des yeux clairs, un sourire d’une fraîcheur et d’une franchise que l’autre n’avait pas. Quant à moi, j’avais la réputation de connaître plusieurs styles de musique et de pouvoir en parler. Souvent nous avions l’occasion de nous trouver seuls ensemble. Nous revenions du concert, les autres s’éloignaient devant nous, ils se profilaient sous les lampadaires, et nous rechignions à l’idée d’en finir. De rentrer chez nous. Je proposais à Camille d’aller nous asseoir sur un banc de la Promenade des Anglais. Celle-ci acquiesçait d’un hochement de tête. Et, arrivés là, blottis dans nos manteaux, nous regardions la mer. Nous parlions peu et, quand nous le faisions, c’était des autres plutôt que ...